Notre position :
L'équipage est de retour en France
Mateo est resté à Nouméa
    
Dernière mise à jour : 13/06/2010

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Récits de voyage

6ème partie : La Polynésie (1/2)

 



- Les Marquises: Les îles du Sud
- Les Marquises: Les îles du Nord
- Les Tuamotu





  Les Tuamotu

(3 novembre - 4 décembre2005)

 

 


Coucher de soleil

La mer est agitée lorsque nous quittons Nuku Hiva. Nous prévoyons 4 jours de mer pour arriver aux Tuamotu. Nous reprenons nos vieilles habitudes pour faire les quarts de nuit, ça faisait bien longtemps depuis la traversée du Pacifique ! Dès la première soirée et dans la nuit, des grains nous obligent à manœuvrer la grand-voile fréquemment. Le deuxième jour, le soleil revient et le ciel devient plus agréable, le vent faiblissant un peu. La deuxième nuit sera cette fois calme et étoilée. Le vent forcit un peu pour le troisième jour avec une mer plus agitée mais le ciel est toujours dégagé. Pour cette troisième veillée nous rencontrerons un paquebot de croisières, tout éclairé. Puis vient le dernier jour et le dernier crépuscule en mer : le vent mollit, avec de temps en temps une averse et des rafales. Nous ferons route toute la nuit au moteur.
Au matin le ciel est dégagé ; on renvoie les voiles mais, il ne faut pas aller trop vite. Le capitaine a fait son calcul : on doit attendre que la marée soit favorable pour entrer dans le lagon c'est à dire, en fin d'après midi. Vers 16 h, nous sommes enfin devant la passe d'entrée de Ahé, tant attendue. Un peu d'angoisse pour cette première. Tout le monde est à son poste : Florian devant la carte sur l'ordinateur, Sylvain debout sur la bôme, Joëlle à l'avant pour scruter les éventuelles patates de corail, et Dominique aux commandes moteur. Le courant descend encore un peu, mais au moteur Mateo arrive à avancer contre. Le chenal de 5 milles qui mène au port devant le village est marqué par des balises, et on se repère sans problème. Le soleil est là aussi pour éclairer la mer et nous aider à apercevoir les récifs à fleur d'eau. Le vent est assez fort et lève un petit clapot dans cette mer intérieure. Il faut être vigilant malgré tout car des bouées d'élevage d'huîtres perlières sont parfois posées au beau milieu du chenal !

 


Calme plat sur le lagon

Le mouillage devant le village est super abrité, par un récif d'abord et par les motus ensuite, ces îlots coralliens qui bordent le lagon. De plus, un beau quai tout neuf, terminé depuis un mois à peine, nous tend les bras. Ca faisait bien longtemps (depuis la République Dominicaine !) que Mateo n'avait pas eu un socle rigide pour une escale. Nous apprécions de pouvoir ainsi débarquer plus aisément du bateau. D'autant que, chose rare en ce monde, personne ne nous demande de payer quoi que ce soit pour nous mettre à quai. Le calme est parfait, rien ne bouge et on se croirait sur un lac. Nous sommes le seul voilier dans le port, nous ne passons pas inaperçu et une ribambelle d'enfants, puis quelques adultes ensuite, viennent faire les curieux. Nous serons souvent observés par les petits paumotus (habitants des Tuamotu) qui viennent poser plein de questions et ne demandent qu'à jouer avec Florian et Sylvain. Ceux-ci sont en pleine période d'évaluations et ce ne sera pas toujours facile pour les garçons de se concentrer sur leurs devoirs en entendant les enfants polynésiens sauter à cœur joie dans l'eau limpide et chaude du lagon. Dur, dur, de bien travailler dans ces conditions !!
Pour son cadeau d'anniversaire, le capitaine ne pouvait pas mieux rêver comme endroit ! Les couleurs sont sublimes, la luminosité éblouissante, l'eau claire, transparente, pure et à perte de vue ce n'est que croisements de bleus, de turquoises et de verts, sur un arrière plan d'îlots de cocotiers peuplés de quelques familles ou de fermes perlières sur pilotis !

 


L'anniversaire de Dominique

 

 

 

 

 


La baignade des enfants

La vie semble vraiment paisible sur Ahé. Les parents qui habitent sur les motus autour du lagon viennent le matin en barque à moteur accompagner leurs enfants pour l'école (7 h 30 – 11 h 30 / 13 h – 15 h 30 du lundi au vendredi). Nous sommes aux premières loges pour les voir atterrir, sac au dos. Ici, le moyen de transport n'est pas la voiture mais le bateau, et le scooter de mer remplace la moto. Le village n'est pas bien grand, 200 habitants environ, nous en ferons le tour un matin et nous continuerons la promenade en traversant un petit gué, un hoa, pour nous retrouver sur le motu Poro-Poro, là ou le navigateur Bernard Moitessier a vécu quelques années, après avoir abandonné sa course autour du monde en 1964.
Avec 2 jours de retard, nous fêtons le 8 novembre l'anniversaire de Dominique. Comme il aime le faire, Sylvain prépare la décoration de la table: les bols des gâteaux apéritifs sont remplacés par des coquilles de bénitiers, et en guise de coupelle à déchets nous avons chacun une nacre, coquille d'huître perlière ramassée sur le récif, bien brillante. Comme aux Marquises, nous sommes contents de constater que le contact est facile ici: une mamie nous offre des beignets tressés de sa fabrication, de jolis gâteaux en forme de 8: "l'accueil, c'est comme ça ici" dit-elle, et elle nous explique qu'autrefois les navigateurs de passage étaient pratiquement pris en charge par une famille. Et lorsqu'on lui offre en retour un pamplemousse et quelques citrons elle est ravie et nous redonne d'autres beignets…
Ici ce ne sont pas les copains qui manquent pour les enfants: dès 7h le matin il y en a qui passent avant d'aller a l'école, et après la sortie des classes ils sont au moins une vingtaine à venir jouer, sauter, nager autour du bateau avec Florian et Sylvain. Glissades sur la cale, plongeons, batailles de concombres de mer… il faut dire que les enfants d'ici, lorsqu'ils ne sont pas à l'école, passent leur temps dans l'eau! Les questions sont nombreuses, et, entre autre, ils sont étonnés que nos enfants ne connaissent pas leurs tables de multiplication par cœur!!
Ils sont même parfois un peu trop envahissants: un matin que nous étions partis visiter une ferme perlière, un petit groupe en a profité pour venir faire du trampoline sur le filet de Mateo. Ils passaient aussi entre les coques, s'accrochaient aux câbles du bout-dehors et essayaient de monter à bord: il a fallu parfois élever la voix pour qu'ils arrêtent!

 

 


Ferme perlière

 

 

 


le greffeur en action

Invités par un greffeur rencontré sur le quai, nous allons découvrir une petite ferme familiale à la sortie du village. Un couple, aidé de leur fils et de leur neveu, s'occupe de cette petite exploitation. Dans une cabane sur pilotis, ils sont huit à travailler : le greffeur, ses deux assistants, et le reste de la famille qui prépare le travail. Celui-ci consiste à sortir les nacres, puis à les remettre, une fois greffées, sur les cordages avant de les reporter en mer. Le greffeur est un polynésien, mais la plupart des fermes emploient des chinois, moins bien payés, et qui ont remplacé les greffeurs japonais des débuts de la perliculture. Ce greffeur passe environ 3 mois dans cette entreprise, à raison de 1000 nacres greffées par jour. Ses assistants lui préparent le travail en entrouvrant et incisant les huîtres, puis le greffeur place le nucleus, une petite bille jaune, naturelle, fabriquée à partir d'un coquillage américain, et le greffon, un morceau de manteau d'une autre huître, qui servira à amorcer la formation de la pellicule de nacre autour du nucleus. Tout cela demande une extrême minutie pour que le taux de réussite soit le plus élevé possible. Au bout d'un an, la moitié des nacres auront formé une perle, d'une jolie couleur allant du gris foncé au vert ou parfois au rose, plus rarement bleu, qui seront vendues sur Tahiti. Mais ce n'est pas la période de récolte dans cette ferme et nous ne verrons pas ici de perle finie.
Les enfants donnent un coup de main pour attacher les huîtres déjà greffées, avec un petit morceau de fil de nylon, sur les cordages qui seront ensuite fixés aux lignes de bouées dans le lagon. Ils sont contents de "travailler" comme des grands. Curieusement, leur motivation est plus grande que pour se mettre aux devoirs en rentrant au bateau. Sylvain est très fier de sa perle "keshi" qu'il trouve sur la plage en rentrant. Cette perle s'est formée sans nucléus, expulsé par l'huître, ce qui lui donne un aspect torturé très particulier.
Il y a tout autour de l'atoll quelques dizaines de fermes, dont une grosse installation, et depuis quelques années Ahé est devenue un centre important de la perliculture, en perte de vitesse sur certains autres atolls. D'une année sur l'autre, les conditions, soit biologiques pour la croissance des huîtres, soit économiques selon le cours des perles, changent et certaines entreprises font faillite.


Un requin pointe noire

 

 

 


L'entrée de l'anse Amyot

Un matin nous faisons une petite plongée sur le récif qui entoure le port. Lorsque je dis à Joëlle et aux enfants que j'ai vu mon premier requin, un pointe noire d'à peine 1m50, un petit requin de lagon tout à fait inoffensif, tout le monde remonte à toute vitesse dans l'annexe. On se demande bien pourquoi !
Nous devions partir le jeudi soir pour Apataki mais une petite réparation imprévue, un des capots de secours dont la charnière est bloquée et qui s'est arraché, nous contraint à une journée de plus à Ahe. Ce sont les enfants qui sont ravis car ils vont pouvoir jouer un jour de plus avec leurs copains. Nous quittons donc Ahe le vendredi soir. La sortie de la passe est rapide, le courant étant sortant nous propulse dehors à près de 9 nœuds.
Le vent est faible et la nuit calme mais le temps se dégrade en fin de nuit. Nous arrivons devant la passe de Apataki alors qu'un violent grain nous tombe dessus, et le vent vient de l'ouest ce qui n'est pas ordinaire. Courant plus vent, nous préférons faire demi tour d'autant que la visibilité est très réduite et que le quai où nous pensions nous amarrer semble en bien moins bon état que celui de Ahé. N'ayant pas d'autre alternative, vu la météo il n'est pas question de rentrer pour chercher un mouillage dans le lagon. Nous repartons pour Toau, un atoll situé juste au sud. Nous savons par mail que nos copains de "Ia Orana" y sont déjà et que le mouillage se fait sur des bouées ce qui est plus pratique et surtout plus sûr. Nous arrivons donc en fin d'après midi à l'Anse Amyot: l'entrée de cette fausse passe qui ne débouche pas dans le lagon est bien balisée, mais avec la houle formée par le vent d'ouest il faut passer dans des déferlantes pour y pénétrer. Puis, rapidement, c'est le calme plat une fois amarré à la bouée, et les habitants du lieu nous font de grands signes de bienvenue.

 


Filets multicolores

 

 

 

 

 


Une perle dans sa nacre

Le lendemain c'est dimanche. Nous faisons un tour à terre: c'est l'heure de la messe et tout le monde est rassemblé dans la petite église Pentecôtiste. Nous traversons une jolie cocoteraie bien entretenue puis longeons le récif dans une végétation touffue. Au retour, nous faisons la connaissance de Philippe et Violette, tous deux âgés d'une soixantaine d'année: Violette est la propriétaire de ce petit bout de terre. Les autres habitants, 3 familles, sont ses enfants: Valentine et Gaston, Laïza et sa famille, et un autre fils qui est parti pour quelque temps sur Tahiti. Les noms de famille sont d'origine diverses dans les archipels: la plupart sont polynésiens mais il y a aussi des noms français (comme Tardivel à Ahe, Damiens à Toau) ou anglophones (Snow, Parker, ici à Toau), témoins d'influences et de mélanges de populations variées.
Valentine nous invite à aller voir ses perles: elle et son mari aiment bien aussi accueillir les voiliers de passage, et ils sont très entreprenants: une petite ferme perlière, des pièges à poissons, la pêche à la langouste, la restauration pour les quelques touristes ou les équipages de voiliers de passage, le coprah, … leurs activités sont multiples. Gaston a construit lui-même ses 2 speedboats en contreplaqué, l'un pour le travail, l'autre pour le transport vers les atolls voisins. Lors de notre passage, Valentine et Gaston ont commencé à construire un petit restaurant sur pilotis au bord du lagon. Valentine étale ses perles dans le carré et nous procédons à des échanges de catégorie inférieure contre des fruits, une courge, des graines des Marquises (pour confectionner des bijoux), des DivX . On n'avait jamais vu autant de quantité de perles d'une telle diversité de formes, de couleurs, et de taille. Pendant 2 jours la météo reste instable avec des grains, des rafales, et nous nous sentons bien à l'abri, ici, dans cette anse, sur notre bouée ; alors nous prolongeons notre séjour. Lundi, Valentine se propose de nous faire un repas local. Elle passe une bonne partie de la journée à cuisiner. Avec nos copains de "Ia Orana" nous nous retrouvons le soir même chez eux, car il fait trop mauvais pour manger dehors au bord du lagon comme prévu. Pain coco, poisson cru mariné, poisson pané, langoustes, riz et pour finir un gâteau à la noix de coco. Tout cela est délicieux et on sort le ventre bien rempli. Le lendemain, nous allons aider Gaston à réparer son parc à poissons : une sorte de grand piège en grillage où les poissons entrent mais ne peuvent plus ressortir. Il y a de tout dans ce parc: perroquets, balistes, carangues, mérous, poissons-coffres, mais aussi un requin dormeur et 4 grandes raies. C'est superbe de pouvoir les approcher ainsi, dans un mètre d'eau à travers le grillage. On remet du treillis pour refaire l'entrée du parc, et on l'attache aux piquets. Pendant ce temps, Valentine discute sur Mateo avec Joëlle et ensemble elles trient des perles et s'échangent des idées de fabrication de bijoux: Joëlle montre les graines ramassées en cours de voyage et dont Florian a déjà confectionné de beaux bijoux, et Valentine déploie les perles, nacres, coquillages de Toau. Valentine est aussi contente de parler des ses problèmes de famille, avec sa sœur qui est sa voisine et qui la jalouse et rivalise pour accueillir les gens sur le motu.

 


Le tri des perles avec Valentine

 

 

 

 

 


Valentine et Gaston

Elle nous raconte aussi une anecdote, vécue il y a quelques années, qui en dit long sur ce qu'était l'isolement de certains sur ces atolls:
"Germaine, une dame âgée, avait un fils, qui était parti travailler aux Etats-Unis. Germaine habitait dans une demeure délabrée qui ressemblait plutôt à un taudis. Quand il pleuvait, le sol était recouvert de bassines tellement il y avait de fuites dans le toit. La porte de la cabane fermait mal. A l'intérieur, tout était vétuste mais quoi faire d'autre quand on ne possède rien ? En plus, la maladie attaquait petit à petit sa santé, et Germaine avait de plus en plus de mal à se lever, et elle était de plus en plus isolée. Elle aurait eu besoin de médicaments mais ils coûtaient trop cher. Et pourtant ils auraient pu soulager ses douleurs ! Son fils lui envoyait très régulièrement des nouvelles par courrier, souvent accompagnées d'images. Elle trouvait bizarre que ce soit toujours les mêmes images qu'elle recevait à chaque fois mais elle prit l'habitude et ne se posa plus de questions. Un jour une amie vint lui rendre visite et prit pitié d'elle. Curieuse, elle demanda à Germaine de lui montrer ces images identiques du pays où son fils habitait. Germaine s'exécuta et lui montra un tiroir plein de …… billets de 50 dollars !! Effectivement les images étaient belles,….. par dizaines !! Alors, comme dans un conte, tout devint facile. La toiture de la bicoque fut changée, la porte d'entrée réparée. Bientôt, Germaine pu acheter des médicaments et se soigner."
Mais maintenant les choses évoluent vite: congélateur, panneaux solaires et paraboles équipent la plupart des habitations, même sur des motus isolés. Et des cabines téléphoniques ont été installées même dans les endroits les moins peuplés, comme ici à l'Anse Amyot. Dans tout l'archipel des Tuamotu, les mairies fournissent également à chaque foyer de gigantesques réservoirs en plastique raccordés aux gouttières des maisons et qui permettent de stocker 7000 litres chacun. Tous les habitants des Tuamotu possèdent ainsi un ou deux réservoirs devant leur maison et récoltent l'eau de pluie, à défaut d'eau de source ou de cascades comme aux Marquises.
Cinq jours ont vite passé dans cet endroit accueillant. Avant de partir, Valentine nous offre plein de coquillages pour faire des colliers, du pain, du poisson, et nous prenons notre petit déjeuner avec eux. Ils nous proposent de revenir les voir après notre escale à Fakarava, en nous promettant une journée sur un petit motu isolé au milieu du lagon. Joëlle fait une série de crêpes que nous offrons à toute la famille en remerciement. Nous leur laissons un de nos deux plants de pamplemoussiers, ceux qui nous ont été confiés lors du départ de France par les retraités du Castelli, et qui ont bien tenu le coup malgré les changements de climat, les navigations agitées… On espère qu'un jour il donnera des fruits sur cet atoll où il n'y en a quasiment pas.


 


Au bord du lagon

 

 

 

 

 


L'église de Fakarava

La navigation ayant été plus longue que prévue, et comme nous sommes partis un peu tardivement dans la matinée, avec de surcroît un vent de face, nous arrivons de nuit devant la passe Garue au nord de Fakarava, l'atoll juste au sud de Toau. Le capitaine savait que la passe était bien balisée donc pas de problème. Quelques vagues, un courant sortant qui commence à atteindre 3 nœuds, mais une fois dans le lagon tout redevient calme. Il faut dire que la passe est très large et facile, c'est même la plus grande des Tuamotu. Grâce au chenal bien balisé par des perches lumineuses on arrive jusqu'au village de Rotoava avec la surprise de trouver un immense quai récent et désert, bien éclairé, pour nous tout seul encore une fois. Fakarava est en superficie le deuxième lagon des Tuamotu après Rangiroa, il mesure 60 kms dans sa longueur et 25 dans sa largeur. C'est une véritable petite mer intérieure, un peu comme le Golfe du Morbihan. Mais situé plus à l'ouest il est moins visité que Rangiroa, qui lui a d'ailleurs ravi la place de capitale des Tuamotu. Rotoava est un bourg bien calme: ici les contacts sont plus distants, personne ne vient nous saluer sur le quai, et lorsqu'on croise quelqu'un, c'est juste un petit bonjour et c'est tout. Deux magasins, une poste pour y envoyer les devoirs du Cned, une jolie petite église toute décorée de guirlandes de coquillages, c'est le seul intérêt des lieux. Nous y passons malgré tout deux jours car le temps est une nouvelle fois perturbé. A part un peu de ressac, on est mieux amarré ici au quai que mouillé dans le lagon.
Nous quittons Rotoava pour aller ancrer juste quelques kilomètres plus bas, à Tenekaga devant la pension Paparara (www.fakaravaexplorer.com) de Ato et Corina, dont l'adresse nous avait été donnée par Jean, un collègue d'Ifremer. C'est un endroit ravissant, cinq bungalows bien aménagés et décorés au bord du lagon, et un grand bâtiment cuisine-salon-salle à manger, superbement meublé en bois locaux. A peine faites les présentations, Corina nous offre quelques papayes de son jardin. Puis nous visitons la pension et faisons connaissance de Ato qui a tout fabriqué lui-même. Une mini-plage, des coraux avec plein de poissons dans un mètre d'eau devant les fares, le coucher de soleil sur le lagon juste en face le soir, pour y passer des vacances c'est le rêve. Cependant, dans la nuit le temps se dégrade de nouveau: des grains, de la pluie, des rafales nous ferons danser de 3 heures du matin à 9 heures, le vent passant du nord à l'ouest puis au sud en quelques heures. Puis, à nouveau, c'est le calme plat qui revient. Heureusement l'ancre était bien accrochée.


 


Florian, guetteur de "patate"

 

 

 

 

 


A l'ombre du cocotier

Il faut dire qu'en cette saison, la Zone de Convergence, entre les alizés au nord et les dépressions plus au sud, se déplace entre Tahiti, les Tuamotu, et parfois jusqu'aux Marquises, et à chaque passage elle apporte son lot de grains. Il aurait sans doute mieux valu passer ici un peu plus tôt dans la saison, mais au bout de quelques jours les perturbations laissent la place à un temps plus stable, jusqu'à la suivante. Encore plus qu'ailleurs, la navigation dans le Pacifique demande de la prudence. Il faut bien suivre la météo, anticiper les changements du vent qui pourraient rendre un mouillage inconfortable ou périlleux, faire attention aux récifs et aux patates de corail, ce qui demande une bonne visibilité et donc de naviguer aux heures les plus claires de la journée.
Heureusement la deuxième nuit sera très calme, à part la bouée de l'orin qui nous réveillera, en cognant contre la coque. Nous profitons du beau temps revenu pour partir vers le sud du lagon. Nous longeons, au moteur car il n'y a plus un souffle d'air, toute la longue cote Est : petit à petit les habitations se font de plus en plus clairsemées, nous passons devant quelques grandes fermes perlières et leurs champs de bouées, puis ensuite c'est la tranquillité. Nous mouillons en fin d'après-midi à Hirifa, dans le coin Sud-Est du lagon: bien abrité des vents d'est le calme est total, et le mouillage parfait dans le sable sous 4 à 5m d'eau, avec de rares patates de corail. Nous avons devant les yeux les cartes postales que nous avons achetées il y a quelques jours: un motu et ses cocotiers, des bancs de sable rose entourés d'eau cristalline à perte de vue et au loin le récif frangeant où brisent les vagues de l'océan! Nous passons quelques jours dans cet endroit sublime et inhabité: juste 3 habitations vides qui doivent servir de temps en temps pour la récolte du coprah, mais où tout est resté intact comme si elles avaient été quittées quelques heures auparavant.
Pendant cette "robinsonnade" nous occupons bien notre temps entre baignades, exploration du motu, ramassage de coquillages nombreux et variés, balades sur les bancs de sable, plongées autour des coraux, pique-nique sur la plage, cueillette des cocos, c'est un vrai bonheur! Le seul problème c'est qu'on ne peut pas pêcher les poissons, pourtant nombreux dans ce lagon, certains étant réputés ciguatoxiques (voir rubrique "Coup d'œil sur l'environnement"). En se promenant le long du récif, on voit passer à nos pieds, dans 30 cm d'eau, des raies, des petits requins et multitude d'autres poissons. Sur le motu, on découvre dans la végétation les restes d'une habitation datée de 1879, avec 2 tombes à proximité. On y rencontre aussi des poules et un gros cochon en liberté, qui semble très familier et nous suit de près, et nous sommes à peine rassurés. Nous apprendrons plus tard qu'il est habitué à recevoir des noix de coco dont il est friand par son propriétaire qui passe de temps en temps. Le matin et en fin d'après-midi, les enfants consacrent quand même quelques heures à l'école, car ils sont de nouveau en période d'évaluations: il faut rattraper le retard et les contrôles reviennent vite!
Le soir, en prenant l'apéro, on pense parfois à nos copains en France: c'est pour eux l'heure de se lever, de se préparer rapidement, de gratter le givre sur la voiture et de partir au boulot…. On a même entendu qu'une vague de froid et de neige avait recouvert la moitié nord du pays. Notre maison de Mouline doit être jolie sous la neige! Après le repas, allongés sur le filet à l'avant, on prend le frais et on admire le ciel étoilé en essayant de repérer quelques constellations et étoiles: Orion avec Riga et Bételgeuse, Cassiopée, le Taureau avec Aldébaran, Les Pléiades, Pluton, ainsi que la planète Mars, reconnaissable à sa couleur orangée.


 


Un coin de paradis

 

 

 

 

 


L'anse Amyot

Samedi nous quittons notre coin de paradis pour aller voir Tetamanu, un ancien village presque abandonné au bord de la passe sud du lagon. Il ne reste que 2 pensions, dont une constituée de jolies paillotes, à un endroit qui fut, en son temps, la capitale des Tuamotu. Mais une fois arrivé devant, on se rend vite compte que le mouillage est agité car exposé aux vents de nord-est, et plein de patates de corail. Dommage car les nombreux récifs autour de Tetamenu sont parait-il de très jolis coins pour plonger. On préfère donc retourner encore un peu au paradis et une heure et demie après nous retrouvons notre mouillage calme et sûr de Hirifa.
Depuis des mois les enfants ne nous parlent plus de Game Boy ou de jeu vidéos: ces distractions là sont totalement sorties de leur univers, au contact de la nature et de la vie simple des gens d'ici. C'est quand même réconfortant! La lecture continue à occuper souvent leurs moments de loisirs, tous les deux dévorent les livres et c'est très bien ainsi !
Lundi nous remontons à Rotoava, au nord du lagon: il faut poster la deuxième évaluation du Cned de Florian, changer la bouteille de gaz et faire quelques courses après une semaine de vie sauvage. Dès le lendemain nous quittons l'atoll de Fakarava, pour retourner faire un petit coucou à Valentine et Gaston à l'Anse Amyot. Ils sont contents de nous revoir, et nous leur apportons quelques provisions achetées pour eux au village de Fakarava. Le lendemain soir, ils nous invitent à faire un petit barbecue: chacun apporte ce qu'il a, et Sylvain fait une tarte au citron. Le barbecue est une jante de voiture à laquelle 3 pieds en cornière ont été soudés, et on fait griller pommes de terre, poulet et poisson.
Gaston apprendra le soir même, par téléphone, que le bateau qui vient leur acheter coprah et poissons passera plus tôt que prévu. On se lèvera donc à 5h du matin pour les aider à préparer les poissons: Gaston va vider son parc avec son beau-père et revient avec une barque pleine de poissons qu'il faut ensuite trier. Ceux-ci seront enfilés par les ouies sur des ficelles par groupe de 12 à 15 unités. Il y en a de toutes les couleurs: une majorité de chinchards, et aussi des perroquets, carangues, dorades, mérous, chirurgiens,…. Ces "filoches" seront ensuite vendues à Papeete. Avec 500 kg de coprah et 300 kg de poissons le speed-boat est bien chargé lorsque Gaston et Philippe partent traverser le lagon pour livrer le chargement.


 


Les pièges à poissons

 

 

 

 


Le parc à poissons de Gaston

 

 

 

 


Au bord du lagon

Vendredi matin, avec Sylvain nous allons aider Gaston à installer un nouveau parc à poissons. C'est très physique, surtout avec le courant: planter des tiges de fer, dérouler des longueurs de grillage, attacher le tout sous l'eau avec des ficelles. Plus tard, en fin de matinée, avec Joëlle, nous ferons une promenade sur le récif extérieur, pendant que les enfants font leurs cours, et nous revenons avec de jolis coquillages.
Le midi, c'est Violette, la maman de Valentine qui nous a invités à manger. Joëlle sera sollicitée après le repas pour masser Violette, car son dos ainsi que ses plantes de pieds lui font mal. Sur un atoll, on n'a pas tout sous la main, il faut donc se débrouiller et les bateaux de passage sont une opportunité. Les enfants s'amusent beaucoup avec les chatons qu'ils ont appelés Frimousse et Grisette, comme nos propres chats, ainsi qu'avec les chiens et les poules qui se baladent en liberté autour des maisons.
L'après-midi, nous aiderons Philippe puis Gaston à nettoyer leurs cocoteraies. Chacun ici a la sienne, et le travail collectif ne fait pas partie des habitudes. Avec la chaleur, renforcée par celle du feu où brûlent les palmes tombées, ce n'est pas de tout repos. L'après-midi se termine par une petite partie de pétanque avec Gaston, qui est un bon joueur et qui a gagné l'année dernière le concours annuel de Fakarava.
Le soir, Philippe a invité Dominique à la chasse aux crabes de terre de cocotiers. La veille il avait installé des pièges à base de noix de coco ouvertes et suspendue à des branches. Le soir venu, vers 22h, il est l'heure d'aller voir si il y a des "clients". Après avoir marché longtemps dans la brousse, nous revenons avec un seul "kaveu" de taille correcte, les autres étant trop petits. Il faut être rapide pour les attraper, ces drôles de crabes bleus sont munis d'une seule longue pince puissante avec laquelle ils sont capables d'ouvrir les noix de cocos dont ils se nourrissent. A minuit et demi, on est bien content de se coucher après une si belle journée bien remplie!
Samedi matin, Sylvain et Dominique retournent, avec Gaston finir le futur parc à poissons: encore une centaine de mètres de grillages à poser pour faire les "bras", sorte d'entonnoir qui permettra de canaliser les poissons dans le parc. Même avant la pose des bras, on peut déjà apercevoir quelques jolis poissons-perroquets. : on peut penser que l'emplacement est donc bien choisi.
Le midi, nous nous retrouvons tous les six pour un nouveau barbecue devant leur maison, avant d'aller se balader sur un motu isolé dans le sud-ouest du lagon. Avec le speed-boat de Gaston et son moteur de 150 cv, ça décoiffe et on est vite arrivé. Le coin est superbe: devant le motu, des bancs de sable rose, et une sorte de piscine naturelle, bassin de sable entourée de coraux, qui nous attend pour un bain bien agréable car il fait très chaud. Même Balou le chien se baigne. Le soir, nous invitons Valentine et Gaston à bord pour le repas. Nous terminons la journée en regardant des photos de notre voyage, mais très vite Gaston a envie de dormir : normal quand on se lève à 5 heures tous les matins et qu'on travaille activement comme il le fait !

Le dimanche Joëlle et les enfants vont assister à la messe qu'anime Valentine. Puis nous prenons le repas chez sa mère Violette. Après des au revoirs émouvants, nous quittons l'Anse Amyot vers 16 heures. Florian, assis sur le roof, regarde avec tristesse Toau s'éloigner dans le sillage de Mateo. La vie simple ici, l'amitié de Valentine et Gaston, le touchent et il rêve de revenir vivre sur un motu.

              


  Les Marquises: Les îles du Nord

(2 octobre - 3 novembre 2005)

 

 


Mateo à Hakahau

Le lever sera matinal ce dimanche 2 octobre : il est 4 heures lorsque le réveil sonne! La distance jusqu'à Oa Pou est de 64 milles et si on veut arriver avant la nuit au port il ne faut pas traîner. La journée est agréable, le vent portant et avec toute sa toile Mateo marche bien. Nous faisons route avec "Ia Orana", et les deux multicoques de taille similaire avancent à peu près à la même vitesse. Que c'est beau à voir un cata sur l'eau !
Juste avant d'arriver au mouillage, notre ligne accroche une belle bonite de 65 cm, et peu de temps après on apprend que nos copains ont aussi attrapé une coryphène de 1,2Om. Les eaux des Marquises sont vraiment poissonneuses.

Au milieu des falaises, nous entrons dans la baie de Hakahau, au nord de l'ile. On s'ancre tout près de la plage dans à peine 3 mètres d'eau, en prenant la précaution de poser également une ancre à l'arrière pour ne pas tourner car il n'y a pas beaucoup de place. "Ia Orana" ne fera qu'une escale de courte durée et repartira dès le lendemain. Nous nous retrouvons seuls.
C'est la troisième ville des Marquises, et la seule à posséder un "vrai" port, avec sa digue qui protège bien le mouillage. Hakahau bénéficie d'une école, d'un collège, d'un dispensaire et de quelques commerces. La poste et la banque sont à peine terminées et l'inauguration aura lieu quelques jours plus tard.


 


Jean-paul et Marie-France sur Mateo

 

 

 

 


La baie de Hakahau

On passe à la gendarmerie faire notre déclaration comme c'est l'usage ici lorsqu'on change d'ile.
Nous sommes maintenant dans les " Marquises du nord", et Oa Pou, au premier abord, présente un climat sec et une végétation moins exubérante que Hiva Oa. D'ailleurs il y a des coupures d'eau, apparemment inopinées, ce qui n'arrivait pas sur les îles du sud.

Une internaute que nous ne connaissons pas nous a transmis les coordonnées d'un couple de français mutés ici pour deux années. Jean-Paul et Marie-France sont arrivés il y a un mois seulement, Jean-Paul ayant été nommé comme conseiller pédagogique pour étudier les difficultés scolaires des enfants du primaire aux Marquises: vaste tâche ! Tous les deux ne s'attendaient pas à se retrouver dans un endroit si isolé en débarquant sur cette île mais, petit à petit, ils prennent leurs repères. Ils s'aperçoivent assez vite que le moindre déplacement, à l'intérieur de l'île comme entre les îles, n'est pas simple à organiser ici et coûte cher !
Très gentiment, contents de voir des métropolitains mais surpris de nous rencontrer ainsi par l'intermédiaire d'internet, Jean-Paul et Marie-France nous invitent chez eux. Ils nous feront profiter, entre autre, de leur machine à laver et de leur accès à Internet.
On les invite à bord à notre tour, eux qui ne connaissent pas le monde du bateau, et Marie-France se rappellera de l'embarquement dans l'annexe sur la plage, qui se terminera pour elle par un bain.

Le relief de l'île est très marqué: derrière le port, au centre, se dressent les "piliers", grands pitons rocheux caractéristiques en forme d'obélisque, qui ont donné leur nom à Oa Pou.
Les pistes qui relient les 6 villages sont en terre et en très mauvais état, ravinées, sinueuses avec de nombreux nids de poules, et la circulation y est peu développée. Cependant, le mercredi après-midi nous essaierons de faire du stop mais nous ne réussissons qu'à atteindre l'aéroport, à peine à 10 kms, et nous prenons rapidement la route du retour, dès le premier pick-up en vue, de peur de rester en rade en pleine brousse.
Il y a sur Oa Pou une mode du 4x4: du petit Suzuki au gros pick-up Nissan, certaines familles en possèdent jusqu'à 4 ! Vu le prix d'achat du véhicule, 1 fois et demi plus élevé qu'en France, on constate qu'il y a des gens riches sur l'île! … ou bien endettés jusqu'au cou !


 


Inauguration de la poste

 

 

 

 

 


Sur la piste de Hohoi

Le jeudi 6, c'est l'inauguration du nouveau bâtiment qui regroupe la poste et la banque. Deux ministres on fait le déplacement de Tahiti et après avoir reçu les traditionnels colliers de fleurs, commence une suite de discours en tahitien qui durera tout l'après midi.
Des artisans se sont installés sous des chapiteaux pour l'occasion. Nous faisons la connaissance de Jean-Marc, dont Pablo à Isabela aux Galápagos nous avait parlé. Cet ancien militant de Greenpeace s'est installé à Hakatehau, un village à l'ouest de l'île et crée de superbes bijoux en bois locaux divers, en os, en corne, avec incrustations de perles, de lapis-lazuli… Il a d'ailleurs obtenu le deuxième prix de Bijouterie d'Art de la Polynésie.

Vendredi nous avons décidé d'aller faire un tour à Hohoi, un village au sud de l'île. Pour cela, il faut qu'on s'adapte aux horaires des voitures des villageois c'est à dire … tôt le matin, vers 7 heures, pour pouvoir faire du stop et avoir une chance de trouver quelqu'un qui nous y emmènera. Un premier véhicule, conduit par un agriculteur qui va dans ses plantations, nous fait faire la moitié des 13 kms de piste: celle-ci, toute en lacets, est défoncée, mais nous traversons de belles vallées verdoyantes. Un deuxième pick-up nous mènera jusqu'au village. L'endroit est très calme, fleuri et du coprah sèche, étalé à même sur la route.
Nous pique niquons le midi près de la petite église en bois, à l'ombre pour nous protéger du soleil brûlant à cette heure-ci. De façon inattendue, une femme viendra nous offrir des morceaux de pastèque. L'accueil des marquisiens demeure le même partout, jusque dans le plus petit endroit reculé ! Cette marque de sympathie se prolongera dans sa cuisine et au cours de la discussion nous apprendrons que son mari, Isidore, forme, avec son fils et sa fille, un des groupes musicaux en vogue en ce moment en Polynésie, très souvent sollicité dans des concerts ou manifestations. Nous achèterons notre premier CD marquisien. Par la suite, nous découvrirons que ce groupe passe souvent à la radio et les enfants l'apprécient d'autant plus ! Elle nous montre aussi des galets fleuris, une curiosité minérale locale, une pierre volcanique où apparaissent des motifs orangés en forme de corolles, que nous avions cherchés en vain sur la plage le matin.

Nous rentrons sur Hakahau, où le soir même est organisé un concours de chants et danses à la salle des fêtes du village. Les meilleurs candidats auront la chance d'aller concourir à Tahiti et le jury leur offrira leur billet de voyage. Des tables ont été installées pour l'occasion permettant ainsi aux spectateurs de prendre leur repas pendant les prestations. Un jury, venu en partie de Tahiti, note les 9 groupes de jeunes présents et remets les coupes. Le niveau est très inégal et les styles variés, depuis les danses traditionnelles modernisées, jusqu'au rap.


 

 


Arrivée à Nuku-Hiva

 

 

 


Taiohae, capitale des Marquises

 

 

 


Pick-up stop

Le samedi, c'est une journée de repos pour nous : la chaleur, la marche, les cahots de la piste nous ont fatigué et ont réveillé des douleurs d'épaules de Dominique. Et c'est une grosse journée d'école pour les enfants pour récupérer la journée de la veille.
Le dimanche la mer étant agitée, on décide d'attendre une journée de plus pour quitter Oa Pou.

Tôt le lundi matin, l'Aranui, le cargo qui ravitaille les Marquises, entre dans le port, et se met à quai, à quelques dizaines de mètres de nous. Pour quitter le mouillage nous passerons plus d'une heure à dégager l'ancre arrière: il faut plonger, plusieurs fois, pour gratter le sable qui la recouvre complètement. C'est fatiguant ! Quant à l'ancre plantée à l'avant, elle n'est qu'à seulement quelques mètres de la poupe du cargo. Joëlle est stressée mais tout se passera bien et nous partons, cap au nord, pour une navigation de quelques heures vers Nuku Hiva.

Nous arrivons dans l'après-midi dans la vaste baie de Taiohae, la ville principale et capitale des Marquises.
Il y a là une dizaine de bateaux, en majorité français et certains dont l'équipage travaille ici pour remplir la caisse de bord. L'hôpital local recrute régulièrement médecins ou infirmiers arrivés par la mer. Nous mouillons à l'ouest de la baie, devant la plage et le stade de foot, dans du sable. Une ancre arrière nous maintient face à la houle qui entre un peu dans la baie.

Le lendemain nous allons découvrir le village. Taiohae est le seul endroit des Marquises où l'on retrouve nos repères de voyageurs: un quai pour les annexes, un "Yacht Service" avec laverie, accès Internet, atelier de voilerie et de mécanique, un quai pour le gazole et des possibilités d'approvisionnement plus importantes, une quincaillerie qui recharge les bouteilles de gaz, tout cela aux tarifs locaux donc, cher, bien sûr. Nous profiterons de l'hôpital aussi pour faire soigner quelques plaies qui ont du mal à se guérir : ici ça s'infecte vite et les microbes, en particulier les staphylocoques, sont actifs. Un traitement antibiotique sera même prescrit à Dominique par le médecin.
Taiohae est aussi une jolie baie avec une belle plage, et un front de mer agréable. Pas de problème de sécheresse comme à Oa Pou mais l'eau n'est pas potable et il n'y a pas de robinets d'eau filtrée comme sur l'île voisine.
Nous passons d'abord à la Poste voir si nos 2 colis de cours du Cned pour les enfants, attendus depuis si longtemps, sont arrivés mais, hélas, il n'y a rien. Le courrier aux Marquises est assez aléatoire, dépendant de la place dans les avions, et comme c'est aussi les vacances scolaires, le rythme est également plus ralenti.

Vendredi nous partons faire un tour sur le plateau de Toovii, au centre de l'île. On fait du stop et un pick-up nous embarque. Comme c'est aussi l'itinéraire qui mène à l'aéroport et qu'il y a un avion cet après-midi quelques voitures empruntent la route mais une vraie route goudronnée cette fois ci avec des panneaux de signalisation comme en France. En haut, à 800 mètres d'altitude, l'air est plus frais et le paysage étonnant: des prairies avec des vaches, une ferme, des forets de pins… on se croirait dans les Préalpes! Nous pique-niquons au milieu d'un bois de pins, comme ceux des Landes.
Au retour nous sommes repris par le même pick-up que le matin qui nous laissera au belvédère d’où l'on a une vue superbe sur la baie de Taiohae.


 


Le marché de Taiohae

 

 

 

 

 


A bord de Kava Mama

 

 

 

 

 


A fond sur les vagues

Samedi c'est le jour du marché: quelques stands de fruits et légumes, de pâtisseries, de viande et yaourts locaux ainsi que les pêcheurs se sont installés sur le port. Mais il faut se lever tôt car celui-ci commence à 4h30, et à 6h30 tout le monde remballe!! C'est la première fois, depuis plus d'un mois, que nous achetons des fruits. Jusque là, aux Marquises, on nous les avait toujours donnés (bananes, papayes, pamplemousses et citrons). Cette fois-ci, nous nous procurons 3 ananas, un régime de bananes, et aussi quelques légumes : tomates, courgettes. Il n'y a guère de choix et nous rêvons, parfois, à nos marchés français ou à ceux des Antilles, bien approvisionnés ! Et pourtant la terre est fertile, l'eau abondante et la chaleur fait pousser la végétation rapidement…

Aujourd'hui, à 8h arrive le "Tahitian Princess", un paquebot de croisière avec 400 passagers. Taiohae est un des rares ports marquisien à pouvoir accueillir de tels bateaux. Les artisans sont prêts et ont installé leurs stands pour la journée. La ville est très animée car pendant 2 jours a lieu aussi un concours de pétanque inter-îles avec des équipes venues de toutes les Marquises. On se croirait à Marseille !

Ce site portuaire de Taiohae serait propice à l'installation d'une base nautique très utile ici: une cale pour sortir les bateaux, un terre-plein pour le stockage, et même la possibilité d'y faire facilement une petite marina pour les voiliers de passage. Mais les Marquisiens n'en voient sans doute pas l'utilité et le gouvernement, à Tahiti, est loin de tout ça.

Parmi les bateaux ancrés dans la baie, nous ferons connaissance avec un autre voilier qui navigue avec des enfants: Ted et Lisa sont américains, leur fille Nora est âgée de 17 ans, et leur fils Taylor de 10 ans. Originaires du Minnesota, en plein centre des USA, sans expérience ou presque de la voile, ils ont acheté un bateau de 15m, "Kava Mama" et sont partis de Miami il y a 3 mois pour aller s'installer aux Fidji.
Nous les invitons à prendre un "brunch" à bord de Mateo. Un autre jour, nous mangerons le repas du midi sur "Kava Mama" en compagnie d'une famille marquisienne et leurs deux enfants. Après le repas, c'est ainsi 5 jeunes qui jouent à sauter dans l'eau et Nora qui sera sollicitée comme pilote de l'annexe pour remorquer à tour de rôle notre joyeuse bande à toute vitesse comme en ski nautique sur une " bouée gonflable".

Avant de continuer à explorer l'île de Nuku Hiva, nous faisons un deuxième tour à la Poste pour les colis CNED. Toujours rien ! Une autre mauvaise nouvelle : notre appareil numérique ne veut plus fonctionner ; sans doute à cause de l'humidité causée par une vague qui nous a aspergée en débarquant sur la plage il y a 2 jours. Nous allons donc devoir ressortir notre appareil à pellicules. Dommage, ce sera moins pratique pour alimenter le site en photos.


 


La baie d'Anaho

 

 

 

 

 


La plage de Hatitheu

 

 

 

 

 


L'église de Hatitheu

Puisque, de toute façon, nous ne pouvons pas repartir sans les colis, nous prévoyons d'explorer d'autres mouillages autour de l'île plutôt que de rester fixés à Taiohae.

Nous prenons la direction de la baie d'Anaho au nord-ouest. Nous y retrouvons "Ia Orana" qui est ici depuis plusieurs jours. Après la ville, quelle tranquillité ! On ne peut venir ici que par la mer ou une piste cavalière et l'endroit accueille juste quelques habitations et une colonie de vacances. La baie, formée dans un ancien cratère, est presque circulaire et très calme car elle est fermée au 3/4.
Nous sommes mardi 18 octobre. Toute la journée sera pluvieuse: on n'avait pas vu ça depuis Panama. Ca tombe bien car cela nous permet, grâce au système de récupération d'eau sur le roof de Mateo, de remplir notre réservoir, tous nos bidons, et de faire la lessive.

Le lendemain nous allons visiter les lieux. Nous passons devant les bâtiments de la colo, vides car les enfants sont partis la veille, la petite chapelle attenante et allons saluer Jean juste à coté. Il nous offre des bananes en signe d'accueil.
Nous rencontrons ensuite Bruno, marquisien, et Tristan, un garçon de 12 ans originaire de Normandie, qui est en vacances chez lui. Tristan est arrivé à l'age de 6 mois en bateau avec ses parents et depuis il vit sur Nuku Hiva avec sa maman.
Il va rejoindre nos garçons restés jouer près de la plage et leur montre comment pêcher le poulpe sur le récif avec un bâton taillé en guise de harpon.
Notre ballade continue et 4 enfants viennent vers nous. Ils nous expliquent qu'ils sont en vacances chez leur grand-mère, qui vit seule ici, et que nous allons saluer, mais elle ne parle que marquisien. Ils nous accompagnent le long de la grande plage puis tous les garçons se retrouvent ensuite pour faire un foot.

Ici, comme dans beaucoup de vallées isolées, les habitants sont très attachés à leur terre: aux Marquises, à leur île, mais surtout à leur vallée et à leur petit bout de terrain, propriété familiale. "Te Henua Enata", la Terre des Hommes, c'est ainsi que les marquisiens appellent leur archipel.
Les marquisiens sont fiers d'être le premier peuple venant du Sud-Est Asiatique à avoir peuplé l'archipel polynésien (vers 300 après J-C) avant d'essaimer vers d'autres îles du Pacifique 500 ans plus tard : Nouvelle-Zélande, Ile de Pâques, Hawaï. Ce qui explique aussi sûrement la force de leur culture, de leur langue, des traditions artisanales ou culturelles dans tout l'archipel.

Jeudi, nous partons en randonnée. Un chemin mène à la baie voisine où se trouve Hatiheu. Pour y arriver il faut grimper jusqu'à un col d’où on a une vue superbe sur la baie d'Anaho.
Yvonne, la maire du village nous accueille. Elle nous montre les vitrines d'objets anciens exposés à la mairie (pilons en pierre, hameçons en nacre,..) et nous explique comment accéder aux sites archéologiques. Elle tient, de surcroît, un petit restaurant très réputé.
Le village est très bien entretenu et très fleuri: tiaré, hibiscus, bougainvilliers, frangipaniers ornent rues et jardins.
Nous allons voir le tohua de Hikokua, un ancien lieu de festivités et de sacrifices, qui a été bien restauré et complété par des sculptures plus récentes. Ce site est encore utilisé comme cadre pour des danses traditionnelles lors du passage d'un bateau de touristes. On y trouve des tikis d'apparences variées, des meae, ainsi que de superbes manguiers dont nous apprécions l'ombre. Nous prévoyions de nous installer sous un de ces magnifiques arbres mais importunés par les moustiques, nous redescendons pique-niquer devant la mer.
Sur le chemin du retour vers Anaho, nous ramassons dans la forêt plein de graines de couleurs rouges ou grises pour fabriquer des colliers. Les nonos, ces petites mouches qui piquent et repartent avec un bout de chair, en profitent pour nous attaquer. Deux jours plus tard, des dizaines de petits boutons rouges marquent nos bras et jambes.


 

 


Taiohae

Le vendredi matin, nous allons faire une promenade avec Alain et Evelyne de "Ia Orana" vers la plage de Haatuatua. Cette large baie ouverte à l'Est possède de grandes dunes de sable blanc qui, se détachant devant les roches, évoquent le désert marocain. C'est aussi un lieu où s'amoncellent pas mal de déchets dérivant du Pacifique: la "quincaillerie" comme dit Bruno, qui y récupère cordes, bidons,… Pour y accéder, il faut d'abord traverser une drôle de forêt de branches enchevêtrées où on a l'impression de marcher sous un tunnel de bois morts.
L'après-midi après l'école, les enfants iront retrouver Tristan et s'amuser à surfer avec son kayak dans les vagues avec lui.

Dimanche, après une courte navigation, nous sommes de retour à la ville de Tahioae. Nous apercevons un nouvel arrivant, un monocoque déjà vu lors de notre périple. Effectivement, Julien, un solitaire reconnaissable avec sa coiffure rasta, vient nous saluer. Nous l'avions rencontré à Sal au Cap vert. Avec son voilier "Bounty" il est descendu d'abord au Brésil avant de passer le canal de Panama.

Pour la troisième fois, nous nous dirigeons vers la poste pour nos colis: un seul sur les deux est arrivé, pourtant ils ont été envoyés le même jour de Laval, il y a 3 semaines, et en Colissimo. Quand le second arrivera t- il ? Peut-être vendredi au prochain bateau !
C'est donc Sylvain qui a le plaisir de découvrir ses cours. Sa première réaction sera de parcourir les textes de français, les nouveaux contes ou histoires. Sur Mateo, tout a déjà été lu et relu plusieurs fois. Nous renouvellerons notre stock de livres jeunesse à Tahiti car ici, aux Marquises, nous n'avons pas vu de librairies. C'est avec un grand plaisir qu'il lit son recueil. Florian fera de même par curiosité.


 


Hakatea

 

 

 

 

 


La cascade de Vaipo

 

 

 

 

 


Passage à gué

Le lendemain, plusieurs autres voiliers arrivent au mouillage : norvégien, sud-africain, canadien, français, une population très éclectique. Jean, du bateau français "Vanessa", a pêché un thon de 25 kg en traversant depuis Oa Pou. Julien organisera le repas et tous les équipages présents se retrouvent le soir sur la plage autour d'un feu de bois pour partager ce gros poisson.

Mardi, après une matinée courses, nous quittons la baie de Taiohae pour continuer notre exploration de l'île de Nuku Hiva. C'est encore un mouillage très sauvage, quelques milles à l'ouest, la baie de Hakahui, que nous visitons. L'entrée de la baie est impressionnante: invisible de la mer, juste une échancrure dans la falaise. La forte houle nous pousse, et on se demande bien où cela va finir mais dès qu'on a viré à 90° vers tribord, c'est le calme plat. "Ia Orana" nous suit et nous ne serons que nous deux dans ce superbe décor. De hautes falaises, une plage de sable gris et des cocotiers, et une baie quasiment inaccessible, sauf à pied ou en bateau.
Celle-ci est composée de 2 vallées: à droite, Hakatea, n'est habitée que par Michel, dont la famille vit en ville et vient le rejoindre le week-end, l'autre à gauche, Hakahui, regroupe plus d'habitations. En fait les 2 baies appartiennent à la même famille, les Tuapotini, des descendants de la famille royale de Nuku Hiva, la reine Vaekehu et le roi Te Moana. Parents, oncles, frères et sœurs, c'est en tout une quinzaine de propriétés qui sont disséminées le long de la rivière. Nous passons un moment à discuter avec Emile, le père, retraité de près de 70 ans qui nous explique tout cela.
Cet endroit "paradisiaque" a servi un temps de décor pour une émission-jeu de la télévision américaine, "Survivor", mais vu les exigences des producteurs et l'absence de retombées financières locales, l'affaire a tourné court.

Une excursion à ne pas rater dans ce lieu magnifique, c'est la cascade de Vaïpo au fond de la vallée, qui avec ses 350m est une des plus hautes du monde. On suit tout d'abord une ancienne voie royale pavée qui longe la rivière. Tout en cheminant on trouve de nombreux pae pae, restes d'anciennes habitations, puis un vaste site sacré: un immense banian, des meae, un puits pour y mettre la réserve de fruits à pain à fermenter, …
Il faut dire que cette vallée abritait une population de 18 000 personnes avant l'arrivée des colonisateurs, alors qu'il n'y a plus que quelques dizaines d'habitants aujourd'hui !
Après avoir traversé quelques gués, puis un défilé entre les falaises, on arrive au pied de la cascade, mais seule la partie basse est visible: la vue est plus remarquable en cours de chemin où l'on peut apercevoir l'ensemble de la coulée. Les couleurs du paysage aussi sont éclatantes : la pierre brune, le sol recouvert d'une herbe bien verte, le soleil illuminant ce lieu et mettant en valeur le site !
Avec Alain et Evelyne, nous aurons mis presque trois heures pour accéder à la cascade, en suivant les petits tas de pierres empilées qui servent de repères. Les enfants pistent ces amoncellements de cailloux comme dans une chasse au trésor et ils adorent ! Nous rebroussons chemin et comme c'est l'heure du repas, nous pique-niquons tous les six à l'ombre au bord de la rivière. Il fait tellement chaud que nous apprécions la baignade dans l'eau fraîche et limpide du torrent. Cette petite pause nous aura été fatale ! Les nonos sont aussi particulièrement nombreux dans cet endroit, et nous nous retrouvons le lendemain avec une collection de boutons, plus de 200 pour Joëlle, la plus touchée. On achètera, de retour en ville quelques jours plus tard, de l'huile de Tamanu, un produit fabriqué à partir d'un fruit local qui calme bien les démangeaisons.


 


Taiohae

 

 

 

 

 


Au marche de Taiohae

En redescendant au village de Hakahui, les haltes sont nombreuses avant de rejoindre le bateau: nous rencontrons d'abord Augustin qui est en train de débroussailler son terrain. Il nous donne courges et papayes en passant, puis on s'arrête chez Emile discuter et prendre quelques bananes qu'il veut absolument nous offrir ainsi que deux grosses courges, appelées ici potirons, qui se conservent longtemps en prévision de notre traversée Marquises-Tuamotu. Enfin, Jeannette nous propose un verre de citronnade bien frais. Michel quant à lui, nous échangera des pamplemousses contre un morceau de tissu de verre pour réparer sa barque.
Nous finissons par une halte chez Daniel et Antoinette, installés au bord de la plage. Daniel est très connu des plaisanciers, et d'ailleurs dans les guides nautiques anglophones, l'endroit est appelé Daniel's Bay! Des équipages de passage ont laissé dans ses livres d'or des messages depuis 1939 ! De Tabarly à Cousteau, Antoine et bien d'autres voyageurs moins célèbres, il en a vu passer du monde ! Nous y laissons notre paraphe à notre tour, juste à coté de celui de nos copains de "Florix" passés quelques jours plus tôt.
Nous ne regrettons pas de visiter les Marquises hors saison, tandis que la majorité des voiliers y passent entre février et juin. Nous sommes souvent seuls ou presque dans les mouillages, alors qu'en saison il y a parfois plusieurs dizaines de bateaux, et les contacts avec les habitants sont plus faciles et plus chaleureux.

Nouveau retour à Taiohae et visite…….. à la Poste vendredi: le colis n'est toujours pas arrivé, il faut attendre le bateau suivant jeudi prochain…ce qui veut dire à peu près une semaine supplémentaire dans le coin !!
Sachant cela, Christine du bateau "Vanessa" se propose pour aider Florian en maths. Elle est professeur dans cette matière et actuellement en congé sabbatique, et vient donc à bord faire une séance avec lui. C'est toujours bien de pouvoir faire le point de temps en temps avec un vrai prof, surtout quand on travaille sans le support du Cned !

C'est aujourd'hui samedi. Levés tôt pour le marché, nous rentrons bredouilles: les 3 pêcheurs qui reviennent avec quelques gros thons ont déjà tout vendu d'avance. Nous et les quelques dizaines de marquisiens qui patientaient sur le quai attendions en fait pour rien… Curieuse conception du commerce! Nous ferons connaissance avec deux jeunes halieutes du Service des Pêches venues de Tahiti pour conseiller et soutenir les pêcheurs locaux.


 


Un faré moderne

 

 

 

 

 


Aux Marquises

Les Marquises sont un endroit fascinant, encore hors du temps pour une bonne partie du territoire, mais tout évolue ici aussi: le projet d'aéroport international à Nuku Hiva, dans les cartons depuis plus de 10 ans, mais dont l'aide financière des Japonais devrait accélérer la construction, modifiera sans doute profondément les choses. Il permettrait un accès direct depuis l'étranger, alors qu'à présent tout le trafic passe d'abord par Tahiti, qui gère douanes, immigration, fret….
Les Marquisiens sont très attachés à la France, plus qu'à la Polynésie dont ils sont un peu les parents pauvres et en cas d'accès à l'indépendance du territoire polynésien, la plupart souhaiteraient rester sous la tutelle de la métropole. Ils ont même demandé à bénéficier du statut de département d'outre-mer, comme la Martinique ou la Réunion.

Dimanche matin nous allons faire une marche jusqu'à la baie Colette, une petite heure de piste carrossable. Elle fut appelée ainsi car un bateau, le Colette, y a fait naufrage au siècle dernier. Nous y prenons un petit bain rafraîchissant, En fin d'après midi, de retour sur Mateo, on voit arriver à la voile un bateau connu: c'est "Anthée". Frank nous connaît par l'intermédiaire de son papa, le skipper de "Killian", un monocoque que nous avions maintes fois rencontré en Atlantique. Après s'être échoués aux Galapagos, occasionnant une fuite dans leur bateau, ils sont en panne de moteur et de pilote et ont du barrer pendant la moitié des 30 jours qu'ils ont mis pour traverser le Pacifique! Quel courage.

Lundi grosse surprise: notre deuxième colis Cned est arrivé, sans prévenir, en prenant l'avion alors qu'on l'attendait jeudi par le bateau. La Poste marquisienne recèle bien des mystères. Florian peut enfin découvrir ses cours et se mettre à rattraper le retard de ce début d'année. Et nous, nous allons pouvoir quitter les Marquises pour aller plus au sud vers les Tuamotu.

Nous faisons les courses alimentaires, le plein de gazole et partons aussi à la cueillette de citrons et pamplemousses, qui, en plus de notre consommation personnelle, serviront de monnaie d'échange dans les atolls très démunis. Quelqu'un nous avait dit qu'on pouvait se servir dans les arbres fruitiers en bord de route, mais nous rencontrons Sabine, une marquisienne qui nous explique que c'est elle qui les a plantés,…. mais qu'il suffit de demander pour en avoir. Très entreprenante, elle a monté une activité de randonnées à cheval. Elle connaît très bien l'histoire de son île et nous parle pendant un bon moment des anciennes tribus et de leurs relations.

Avant de partir, nous allons faire un dernier tour sur Internet pour lire et envoyer les ultimes messages, car aux Tuamotu, pas de cybercafés ! Puis nous postons la première série de devoirs de Sylvain, rendons une dernière visite aux copains, et quittons Taiohae et les Marquises dans la matinée, après une grande escale de plus d'un mois et demi dans cet archipel.


              


  Les Marquises: Les îles du Sud

(12 septembre - 2 octobre 2005)

 

 


La Baie des Vierges

A peine ancrés dans la baie des Vierges, une pirogue à balancier nous aborde, avec à son bord des pêcheurs qui rentrent au port, juste pour nous dire bonjour et savoir d'où l'on vient.
L'endroit est grandiose: au fond de la baie une plage de galets, entourée par des pitons rocheux, et en arrière-plan la montagne. On devine quelques maisons nichées dans la végétation. Certains de ces pitons ressemblent à des statues géantes, d'autres, à l'aspect phallique, ont donné leur nom à la "Baie des Verges", auquel les missionnaires ont rajouté un "i" lorsqu'ils sont venus éduquer les sauvages qui vivaient ici…

Nous ne sommes que 2 bateaux dans cette grande baie avec un autre catamaran français, "Ia orana" (ce qui veut dire bonjour en polynésien). un Catana 40 S, arrivé 3 jours plus tôt des Iles Gambier. L'équipage, Evelyne et Alain, couple retraité, a quitté la France il y a 3 ans. Le skipper est bien connu des internautes et des lecteurs de Loisirs Nautiques pour ses articles sur la technique du mouillage. Il a de plus réalisé un guide très intéressant sur la navigation dans les îles San Blas (http://alain.fraisse.free.fr).

Notre première tâche en arrivant sera de retarder nos montres d'une heure et demie pour nous mettre à l'heure marquisienne.
Nous nous préparons un solide petit déjeuner, en fait, plutôt un "brunch" car il est déjà midi: œufs, pâté, fruits… et un vrai café car en navigation c'est le café soluble qui le remplace.


 


Débarquement à Hananave

 

 

 

 


Jeune marquisienne

 

 

 

 


Chez le sculpteur de tikis

Une petite sieste, puis nous descendons à terre. La houle est forte dans la baie, heureusement le quai est maintenant protégé par une petite digue ce qui facilite les débarquements. Le village de Hananave est tout petit, sur le port quelques personnes nous saluent et nous demandent d'où nous arrivons. "On est en France ici, vous êtes chez vous!" nous dit-on quand on demande s'il faut faire des formalités ce qui nous surprend à l'autre bout du monde.

On fait connaissance avec Thérèse qui nous invite chez elle et nous offre un régime de bananes en nous disant "il y en a trop, on les donne aux cochons"…
Elle est la fille de Daniel qui, lui, tient la seule petite boutique du village. Quelques boîtes sur les étagères, un congélateur vide dans l'attente du prochain bateau. En fait, ici l'argent est à peine nécessaire, et comme il y a très peu de choses à acheter les gens préfèrent échanger des fruits, de la viande contre des vêtements, des livres, ou du parfum ... La monnaie locale est le franc polynésien (1 € = 119 FP).
Le jeudi, je vais à la Poste pour essayer de changer un peu de dollars car c'est tout ce que nous avons. Il ne faut pas rater la permanence car la postière vient d'Omoa, l'autre village au sud de l'île, en barque et ne reste que 1 heure, de 8 à 9 H. Mais elle ne fait pas cette opération. Il n'y a qu'à la boutique que nous réussissons à nous procurer des francs polynésiens avec les 20 euros qui nous restent. Nous continuerons donc à faire du troc pour avoir fruits, viande et légumes.

Le troc ici est monnaie courante. Ce que les villageois réclament souvent ce sont du rhum ou du whisky, des cartouches (pour chasser), des CD ou DVD. Mais le policier municipal nous prévient : pas de cartouches, qui sont contingentées, ni d'alcool qui est interdit dans l'île. En principe nous n'avons pas le droit de rester ici car ce n'est pas un port d'entrée et il faudrait d'abord aller à Hiva Oa, plus au nord, pour faire les formalités. Mais il y a une tolérance, et le fonctionnaire local, très cool comme tout le monde, prend juste note des numéros de passeports (qu'il faut inscrire soi-même dans son carnet) et nous accorde 5 jours.

Nous rencontrons aussi Germaine, qui nous hèle de sa maison pour nous montrer ses tapas superbes: ces dessins réalisés sur de l'écorce de bois battue et représentant des motifs traditionnels, animaux, guerriers, croix marquisiennes, sont une spécialité de l'île de Fatu Hiva. Avant l'arrivée des colons, cette technique servait de base à la réalisation de vêtements.
Plus tard, ce sera un des nombreux sculpteurs sur bois du village qui nous présentera son atelier et ses oeuvres: masques, boites à bijoux et tikis. Ces tikis sont des reproductions de statuettes sacrées à visage humanoïde, à l'origine sculptées dans la pierre et qui ornaient les lieux de cérémonies.
Un autre sculpteur, Temo, fabrique des objets superbes, traditionnels comme les tikis, les masques ou plus modernes comme des tortues ou des raies stylisées, mais aussi des casse-tête, outils de combat utilisés dans les guerres entre tribus rivales. En effet, les Marquises étaient très peuplées avant la colonisation et chaque vallée abritait plusieurs milliers de personnes, qui se querellaient souvent.

Le prix de cet artisanat est cependant élevé, de 20 € pour un petit masque jusqu'à 400 € pour un grand tiki! Nous arriverons cependant à négocier 2 masques, en échange de quelques films DVD et d'un peu d'argent. Temo comme d'autres se prépare pour la grande exposition annuelle, début décembre à Tahiti. Il faut dire que les 3/4 de l'artisanat polynésien provient des îles Marquisiennes.


 


La cascade de Hananave

 

 

 

 

 


En attendant la fin de l'averse

 

 

 

 

 


La récolte du coprah

 

 

 

 

 


Le plein d'eau de Mateo

Le lendemain, au moment où nous accostons en annexe dans le port, un bonitier (petit bateau local) arrive de Hiva Oa, l'île la plus proche (80 kms plus au Nord). Il ne pourra pas accoster car la marée est basse. On nous demandera de faire la navette avec notre petit zodiac gonflable pour débarquer passagers et colis.
Sur cette île, une des plus isolées car elle n'a pas d'aéroport, les villageois s'approvisionnent et se déplacent uniquement grâce au bateau. Nous ferons donc le transfert de personnes et de paquets en tout genre : matelas, troncs d'arbre pour les sculpteurs, colis, nourriture en boîtes, pain…. L'ambiance sur le quai est très chaleureuse. On nous remerciera d'ailleurs avec des baguettes de pain, chose que nous n'avons pas mangée depuis fort longtemps ! Quel plaisir de déguster du bon pain grillé pour le petit déjeuner le lendemain !

C'est aussi l'heure de la rentrée scolaire pour les moussaillons. On commence sérieusement l'école sans les cours du Cned qui ne sont pas encore arrivés. Cela nous demande plus de boulot à nous, parents, car il faut préparer les leçons à partir des manuels pour Florian. Pour Sylvain nous avons un Cd-rom de CM2 ce qui simplifie les choses.

Quelques jours plus tard, nous partons faire une balade à la cascade, avec les copains de "Ia Orana": une heure de marche par la piste puis 1/4 d'heure de crapahutage dans une petit sentier humide, on arrive au pied d'une chute d'eau de 60 m de haut. Nous pique-niquons au pied de la cascade, et Florian fabrique une petite pirogue polynésienne avec quelques bouts de bois.
Au retour, le ciel se couvre et on s'abrite sous de grandes feuilles pendant une averse, puis le vent se lève et soufflera en rafales tout l'après midi et la soirée, comme la nuit précédente d'ailleurs.
Sur le chemin on ramasse plein de fruits: mangues, papayes, citrons. Quel plaisir de faire sa cueillette soi-même !

Vendredi, le matin, Joëlle va sur "Ia Orana" où Evelyne lui montrera comment elle fait ses yaourts à partir de lait concentré. L'après-midi, ce sera une séance musique pour Florian avec Alain qui a un synthétiseur à bord de son bateau. Après avoir joué de la flûte, Florian s'éclate à faire des improvisations de jazz sur le clavier, avec l'aide d'Alain qui a 18 ans de pratique et joue très bien. Pendant ce temps nous allons à terre faire une lessive au robinet près du port et remplir quelques bidons car l'eau de source de Fatu Hiva est excellente.

Certains dans le village commencent à vouloir profiter de la situation: Angèle qui a proposé de nous laver du linge avec sa machine nous demande 2000 FP (soit environ 16 €) pour 2 machines, heureusement négociées à 1000 FP plus quelques vêtements pour ses enfants!

Mais ça reste une exception. Le lendemain nous faisons le plein d'eau du réservoir du bateau, en faisant des allers-retours avec nos bidons de 10l et 5l. Un petit garçon, Gabriel, nous aide et vient jouer avec les enfants sur "Mateo". Au dernier tour, des pêcheurs sont en train de nettoyer leurs poissons sur la cale du port, ils nous font signe, on discute un peu, et ils nous offrent les 3 plus gros, de jolis mérous rouges vifs! C'est cela la générosité marquisienne, comme Félicie qui nous invite à manger chez elle le dimanche, malheureusement il faut qu'on parte pour faire notre entrée administrative à l'île voisine.

La langue facilite aussi les contacts par rapport à nos escales précédentes. Même si le marquisien est le langage de tous les jours, le français est parlé par tout le monde car c'est la langue de scolarisation.
Quel plaisir de pouvoir aussi écouter la radio en français. Sur Radio Polynésie (89,5 FM) on a droit aux journaux de France-Inter, avec 12 h de décalage. Nous qui n'avions pas entendu les infos françaises depuis les Antilles il y a 6 mois, ça permet de se recaler avec l'actualité, bien que vu d'ici on relativise pas mal de choses, comme par exemple les relations amicales entre Sarkosy et De Villepin .

La vie des habitants est simple ici: pêche le matin, sieste l'après midi. Les gens vont ramasser quelques fruits, chasser de temps en temps la chèvre ou le cochon sauvages dans la montagne pour remplir le congélateur. Les seules activités qui rapportent sont l'artisanat (tapas pour les femmes et sculpture pour les hommes), le coprah (chair de la noix de coco séchée qui est utilisée pour fabriquer le monoï ou la margarine) et les nonis, des petits fruits aux vertus thérapeutiques et qui sont vendus chers aux américains. Certains ont quelques poules, un cochon et un tout petit potager mais pas plus.
5 sacs de coprah et 3 fûts de nonis, livrés au bateau qui passe toutes les 3 semaines, rapportent 80 000 FP (soit 670 €), c'est suffisant pour vivre, sachant qu'il n'y a pas d'impôts, que la santé, l'école des enfants sont gratuites, et qu'il y a des aides pour la construction de la maison, des allocations familiales et que les budgets vêtements et chauffage sont limités vu le climat…
Les produits de base (riz, farine, sucre, lait en poudre,…) sont détaxés donc abordables, mais pour le reste les prix sont parfois 2 à 3 fois plus élevés qu'en France.


 

 


La baie d'Atuona

 

 

 

 


Au cimetière d'Atuona

Dimanche 18, nous quittons la Baie des Vierges vers 9h, après avoir passé un peu de temps à remonter le mouillage entortillé.

La mer est agitée et le vent souffle au départ puis se calme. Nous pêcherons une belle bonite, entre les îles et arriverons en fin d'après-midi, sous un grain, à Atuona sur l'île de Hiva Oa.
Ici pas de rafales, mais de la houle. Heureusement avec un cata c'est moins inconfortable que sur un monocoque car le bateau roule peu. "Ia Orana" nous rejoint, et nous mangerons ensemble la bonite pêchée en route, cuisinée au citron et au lait de coco, un délice.

Des Marquises du Sud, Atuona est le plus gros village, le seul à posséder un quai pour gros bateaux, et est plus animé que les autres.
Le port est un peu loin du bourg, mais pour y aller pas besoin de faire du stop, les voitures s'arrêtent spontanément pour nous y emmener.
Ici tout le monde se connaît et se salue, nous faisons de même. Il y a quelques magasins, une boulangerie, une quincaillerie, un dispensaire, une pharmacie… La secrétaire du Comité du tourisme est une jolie marquisienne charmante, comme sur les dépliants touristiques.
Nous sommes ancrés près du club nautique et tous les soirs on voit les sportifs s'entraîner avec leurs va'a, modernes pirogues à balancier.

Le lendemain nous allons d'abord à la gendarmerie faire notre entrée officielle en Polynésie. Contrairement à ce que l'on pensait, on ne nous demande même pas d'où l'on vient ni de fournir un papier de sortie du dernier pays visité.
Quelques courses, la banque, la poste, cela faisait longtemps que nous n'avions pas fait ce genre de démarches.
Le seul bémol, c'est le sous-développement pour Internet, juste une borne à carte à la Poste, chère, et sans possibilité d'enregistrer ni d'envoyer des fichiers.

Ensuite nous montons faire un petit tour au cimetière qui surplombe le village et la baie. Sous les frangipaniers et entourés de fleurs, c'est là que sont enterrés Paul Gauguin et Jacques Brel, auxquels nous ne manquons pas d'aller dire un petit bonjour.
De retour en ville, nous rencontrons une française arrivée en voilier en Polynésie et qui, après avoir sillonné les Marquises en faisant du charter pendant plusieurs années, a monté une boutique d'artisanat. Elle nous donne plein d'infos utiles pour nos futurs mouillages dans l'archipel.


 


Le port d'Atuona

 

 

 

 

 


Tiki à l'hotel Hanakee

 

 

 

 

 


Le musée Gauguin

Ce matin l'"Aranui", la goélette (nom qui reste du temps de la marine à voile) qui ravitaille les îles est arrivée à Atuona, avec sa cargaison de matériel, ainsi que la centaine de touristes qui font la croisière sur ce cargo mixte. Il nous a réveillé à 5 heures du matin en jetant son ancre, et toute la journée les grues font le débarquement des containeurs. Le village est aussi plus animé aujourd'hui avec ces visiteurs, français ou américains en majorité, et le va-et-vient des pick-ups qui transportent les marchandises. Petite anecdote: un touriste américain nous hèle et donne à chacun de nos enfants un crayon feutre et un autocollant: peut-être lui avait-on dit que les locaux étaient sous-développés et qu'il fallait leur faire des petits cadeaux! En tout cas, après ça on se sent moins touriste ...

Le gouvernement Polynésien au complet doit venir la semaine suivante inaugurer le nouveau centre administratif, qui n'est pas encore terminé, et visiter quelques villages sur l'île. Une trentaine d'ouvriers, dont certains venus exprès de Tahiti, s'affairent à longueur de journée sur le chantier. Les groupes de chanteurs et danseurs s'entraînent aussi pour la cérémonie d'accueil. En fait 2 jours avant la visite tout sera annulé sans aucune explication! Même les hôtels locaux qui étaient réservés pour l'occasion ne seront pas dédommagés.
Mercredi nous allons au Hanakee Perl Lodge, un hôtel de luxe sur les hauteurs où il y a parait-il un accès internet. Il est composé de superbes fares (bungalows) en bois et en bambou, d'une terrasse avec piscine, ayant vue sur la mer, et d'un grand restaurant décoré de sculptures marquisiennes… pour la modique somme de 38 000 FP (320 €) la nuit pour 2. C'est d'ailleurs ici que devait loger le gouvernement lors de son passage. Pour Internet, c'est possible, en apportant son portable car l'ordinateur est en panne, mais à 30 € de l'heure!
En redescendant nous prenons un sentier pour aller voir des pétroglyphes. Une heure de marche dans une nature sauvage et nous arrivons devant un gros rocher sur lequel des formes animales ou symboliques sont gravées, témoins de l'ancienne civilisation marquisienne.

Le lendemain, un troisième bateau vient nous rejoindre: c'est "No Problem", dont le skipper italien a aidé au "sauvetage" de "Mateo" lorsqu'il avait dérapé à Panama. Ils arrivent directement d'Equateur après 28 jours de mer et apprécient le sac de fruits que nous leur offrons.

Ce jour-là nous allons visiter le Musée Gauguin, où sont exposées des reproductions d'une partie de ses œuvres et une reconstitution de sa maison-atelier, la "Maison du Jouir" comme il l'avait appelée. Ensuite nous irons voir le tohua de Taaoa, un ancien site d'habitation et de cérémonies, situé à 8 kms. Nous sommes pris en stop par une française, dont le mari a trouvé un poste de professeur de maths au collège privé du village, et elle nous emmène gentiment jusqu'au site.
Ce tohua regroupe des pae pae, soubassements en blocs volcaniques des habitations traditionnelles, des meaes, murets délimitants les sites de cérémonies et quelques tikis en pierres près du grand banian, arbre sacré et tapu (interdit aux non initiés) au pied duquel étaient faits les sacrifices humains, et dont les racines doivent abriter encore quelques crânes.

Au retour, nous faisons une petite halte près de l'église de Taaoa, toute en pierre de lave et en bois, et une dame nous offre de gros pamplemousses que nous irons manger sur la plage. Les pamplemousses marquisiens sont étonnants: gros comme des ballons de volley, verts, et avec un goût sucré et parfumé sans amertume et sans pépins. Ils poussent en grappes et tombent sous les arbres tellement il y en a!


 


Baie Hana Moe Noe

 

 

 

 

 


Cheval sauvage

 

 

 

 

 


La rue principale d'Hanaiapa

Vendredi matin, nous retournons au village pour faire des courses de produits frais, puis on part en début d'après-midi avec "Ia Orana" pour une courte navigation vers la petite île de Tahuata toute proche. Après être passé par le Canal du Bordelais, on mouille 2 heures plus tard a Hana Moe Noe, une plage déserte de sable blanc et cocotiers, avec eau turquoise, ce qui est rare aux Marquises. En faisant une petite plongée pour aller voir l'ancre, on aperçoit des raies sur le sable.
Cette plage étant très belle et bien abritée, malgré quelques grains et rafales la nuit, nous y resterons 4 jours. Un tout petit récif au sud de la baie abrite une jolie faune tropicale, corail et poissons colorés.
Les plus belles plages des Marquises sont souvent inaccessibles par la cote et c'est tant mieux pour nous voyageurs en bateau!
Tahuata est un lieu historique, c'est ici que l'amiral Dupetit-Thouars, signa avec le chef local le ralliement des Marquises à la France en 1842.
Le mardi 27, nous descendons la cote ouest de Tahuata, très sauvage et verte, pour voir si on peut mouiller devant le petit village de Hapatoni tout au sud. La baie est jolie mais le mouillage peu engageant: de fortes rafales pour y arriver, des fonds importants de roche noire, et le vent qui vient du nord-ouest et porte à la cote. Nous décidons de rebrousser chemin. Le village de Vaitahu juste au nord n'est pas mieux, la seule zone correcte pour mouiller est occupée par des bateaux locaux.

Nous nous dirigeons donc vers la cote nord de Hiva Oa, quelques heures sous foc et au moteur pour arriver dans la baie de Hanamenu. Ici aussi le décor est impressionnant, l'entrée est gardée par une espèce de forteresse de roche qui se dresse à 160 mètres.
Le vent est orienté vers la plage mais le fond est de sable et l'ancre croche bien. Nous allons faire un tour à terre, où il y a juste quelques cabanes. Un petit groupe de 5 hommes, avec une quinzaine de chiens, est en train de débiter une chèvre qu'ils viennent de chasser. L'endroit est sauvage, un sentier s'enfonce dans l'intérieur, vers un torrent et une forêt de manguiers, peuplée de chevaux en liberté, comme on en voit beaucoup aux Marquises. Ces petits chevaux, apportés du Chili par les premiers colons, sont très utilisés pour accéder aux vallées isolées. Sur le bord du chemin nous remarquons, parmi les broussailles, des murets de pierres, un ancien cimetière, témoins des peuplements antérieurs.
En revenant près de la plage, l'un des hommes nous montre une source, qui se déverse en cascade dans un petit bassin naturel, un endroit superbe entouré de végétation luxuriante et de fleurs: c'est un vrai jardin d'Eden.
Le soir, le vent tourne et l'orin que nous avions mis se prend dans le gouvernail, il faut donc plonger de nuit pour aller le dégager.
Le lendemain, avant de quitter les lieux, nous allons faire un tour à la cascade. Nous nous baignons, y faisons une grande toilette et une lessive. On resterait bien à vivre ici quelques jours "en Robinson", comme dirait Florian. Mais le vent a forci et Mateo danse sur son mouillage, et par sécurité nous préférons aller voir plus loin.

Au moteur, vent et mer de face, nous longeons la cote nord pour arriver à la baie suivante. Le lieu est bien abrité, et le village de Hanaiapa très coquet: des rues cimentées très propres, des murets de pierre de lave et des fleurs partout, ainsi que des pancartes pour la protection de l'environnement. Pour traverser la rivière il n'y a pas de pont mais juste un gué qu'empruntent piétons et voitures.
Nous visitons un pae pae dans le village, avec quelques tombes que nous pensons être le cimetière communal. Un homme nous interpelle sèchement: nous sommes chez lui, ce sont en fait les tombes de ses parents, car ici les morts sont enterrés sur le terrain familial. En discutant avec lui, le contact se fait et Gilles nous présente toute la famille, sa femme Hinano et leurs deux enfants, un garçon de 13 ans et une fille de 11 ans. Hinano est employée de service au collège de Atuona, donc fonctionnaire, et Gilles travaille, de façon intermittente dans le bâtiment. Florian et Sylvain sont contents de trouver des copains et les enfants jouent ensemble au ping-pong. Les parents nous offrent des bananes et nous invitent à manger un repas marquisien le lendemain, un kai kai (prononcer "caille caille") comme on dit ici.


 

 


La vanilleraie de Philippe

 

 

 

 

 


Danses marquisiennes

 

 

 

 

 


Tiki poisson chez Gilles

Le jour suivant sera en grande partie consacré à l'école, pour rattraper le retard causé par les moments de navigation ou de balades. Nous n'avons toujours pas reçu les cours mais avec les manuels on ne se débrouille pas trop mal. En ce début d'année, nous constatons que les enfants arrivent à se prendre un peu plus en charge, même si c'est toujours un peu dur pour faire démarrer Florian le matin.

En fin d'après-midi, nous sommes invités par Philippe, un ancien militaire installé ici avec sa femme, une marquisienne originaire du village, à visiter leur plantation de vanille, et à se faire expliquer la technique particulière de cette culture: Lyse passe 2 heures tous les matins pour féconder ("marier" comme on dit) à la main les fleurs de la centaine de plants. Quelques uns ont déjà des gousses, qui seront matures en mars prochain. Leur maison est superbe, avec un grand terrain en pente douce vers la mer, un élevage de chèvres, des arbres fruitiers. On repart avec de pleins sacs de papayes et de citrons.
Nous irons voir ensuite la famille marquisienne qui nous a invitée, mais il n'y a personne: ils ont eu un contretemps et ne rentreront que le lendemain selon les voisins.

Le matin on est réveillé par les coqs et les chèvres sauvages qui crapahutent dans la colline voisine du mouillage. Autour du bateau, des raies mantas viennent de temps en temps. D'ailleurs, "Ia Orana", notre voisin de mouillage en retrouvera une entortillée dans son orin d'ancre.

Vendredi, nous retournons faire un tour au village, Nous croisons la famille chez qui nous devions manger la veille, et qui nous invite au pied levé pour un repas de rougets grillés. Ici, pas de manière, on mange avec les doigts, tous les plats sont sur la table et tout le monde se sert comme il veut, ce qui plait bien aux enfants. "Il faut manger" nous répètent-ils, et en général les marquisiens sont nettement plus enveloppés que nous! En faisant une balade sur la piste, nous avons aussi rencontré un couple de français installé depuis près de 15 ans sur l'île. Lorsque leurs enfants étaient plus petits, ils s'étaient construits un faré devant une plage déserte, faisant l'école par le Cned et vivant ainsi sommairement pendant une dizaine d'années. Leurs deux plus grands garçons sont maintenant étudiants à Tahiti et le dernier est au collège à Atuona.

Une journée d'animation est organisée à Atuona, pour la fête du tourisme. Nous profitons de la voiture de Philippe, qui va y donner un cours de permis bateau et nous emmène par la piste reliant les deux villages en traversant la forêt.
Musique, danses, démonstrations de tressage de feuilles de cocotiers, de récolte du coprah, petit tour à cheval et stands d'artisanat, tout le monde s'est mobilisé pour la quarantaine de touristes présents. C'est sympa, bon enfant, nous apprenons à confectionner des chapeaux tressés et Florian montre comment il fabrique ses poissons en feuille de cocotier. Accompagné par de grands tambours marquisiens en bois sculptés, un groupe fait une démonstration de danses: guerrières pour les hommes, où on entend les cris typiques des maoris, plus gracieuses pour les femmes qui chantent en se déhanchant. Les costumes sont réalisés à base de feuillages, de noix cocos, et les danseurs portent des colliers en os et dents d'animaux pour les hommes et de fleurs et de graines pour les femmes. Mais cela n'a rien à voir avec les danses polynésiennes telles que l'on s'imaginait.
Un tatoueur était prévu au programme, mais il ne s'est pas déplacé. Le tatouage est une autre grande tradition marquisienne qui revit, et aujourd'hui quasiment tous les jeunes hommes portent ces dessins sur le visage, les membres ou le corps. Quelques femmes sont aussi tatouées, mais plus discrètement.

En rentrant au bateau, on trouve deux régimes de bananes vertes dans notre annexe. Encore un petit cadeau de Gilles et Hinano!
Le soir, nous allons à l'église protestante assister à une répétition de chants dont Hinano est l'animatrice: en marquisien, en polynésien ou en français, accompagné à la guitare et à l'ukulélé, une vingtaine de parents et d'enfants s'exercent pour la messe du dimanche et c'est très joli. Nous faisons un petit enregistrement, que nous graverons sur un Cd et leur enverrons ensuite.

Ce sera notre dernière soirée à Hiva Oa, que nous quittons le lendemain au petit jour pour les "Iles du Nord"


         


    

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